liberteLa liberté, c’est une ignorance. C’est ne pas savoir que ce qui semble naturel, proche, peut vous être ôté. Le contraire de liberté, ce n’est pas enfermement, ce n’est pas chaînes, c’est amputation : c’est impossibilité d’être ; c’est la mort, ou la même chose. Tendre la main ou toucher l’être aimé, faire une caresse à son enfant, les entendre rire et parler, simplement être, c’est le pire de la prison que de me priver de ce quotidien non pas banal, mais étonnamment naturel quand on le vit, et tellement inaccessible aujourd’hui... Comme l’alpiniste suspendu regarde avec effroi, angoisse, anxiété, et en même temps certitude de la fin, de la mort proche, le filin usé sur une aspérité du rocher, qui se dé-toronne, se hache, se coupe, se délite petit-à-petit pour aboutir à la chute... Comme l’araignée regarde les gouttes de pluie d’orage détruire la toile savamment tissée... Je regarde s’estomper l’univers qui m’était familier, se déchirer les liens qui me retiennent à lui... mais aussi, comme l’alpiniste, je m’accroche au rocher, la moindre faille est une prise, mes doigts sont des étaux, ils saignent sur la pierre mais ne la lâchent pas.
Comme l’araignée, je sors de moi de nouveaux fils, et inlassablement je tisse,  dessinant de nouvelles mémoires au ciel de mes noirceurs.
Le prisonnier est un insecte, qui va parce qu’il doit aller, sans conscience autre que collective, doublement collective même puisqu’à la prison se rajoute la société. Un insecte dans un trou. Les cellules sont les rayons d’abeilles condamnées à la non-sociabilité. Le miel est fait de nos larmes, de nos rancoeurs, de nos incompréhensions, de nos innocences. Car il n’est de véritable innocence que dans l’enfance, et la prison. Parce que dans les deux occurrences elle est évidente. Le prisonnier comme l’enfant sont sans défense ; l’un comme l’autre, ils sont dépassés par le système qui les régit. L’évasion de l’enfant, c’est le rêve, celle du prisonnier, la haine.
L’enfant devient adulte, le prisonnier fou.