La gamelle est une source d’étonnement. Même dans les plats les plus classique de la restauration collective,administrationpenitentiaire un génie se manifeste.
Prenons par exemple les sempiternelles patates à l’eau du dimanche soir. Morne plat, pourrait-on penser. Pourtant ces tubercules recèlent un mystère : comment, sortant de la marmite commune, peuvent-ils présenter des degrés de cuisson si différents, du quasi-cru au bouilli déliquescent ? Les épluchant,                   car elles sont en robe des champs, j’éprouve leur consistance, suppute les effets de cette curieuse caléfaction sélective. Dans celle-ci le couteau s’enfonce, dans celle-là, non. Je fais des tas, effectuant à chacun une catégorie. Je trie. Ma main parfois hésite. Je pose le légume, le reprends, le considère, l’interroge... L’opération est d’importance : c’est l’une des seules où je puisse exprimer un choix, faire jouer mon libre arbitre. Je suis libre au milieu des pommes de terre.
C’est en cela que la prison éduque : l’homme qui en sort excelle à trier les patates. Il est prêt à affronter le monde.