BananiaIl est de bon ton d’affirmer n’être pas raciste.
Comme tous les idéaux consensuels mous qui parent de rose guimauve le bleu layette incertain  de l’aube des lendemains chantants ( de la victoire des Blacks-Blancs-Beurs il y a quatre ans, à la “ mobilisation républicaine ” de l’entre-deux tours), le non-racisme occulte cette réalité : nous sommes tous racistes, culturellement, politiquement, socialement.
Nous sommes issus d’une civilisation qui porte haut les valeurs de la différence entre les peuples, les nations, les castes, les sexes, les origines, les  religions et les opinions.
Cette civilisation ( ! ?) fonctionne suivant un principe simple de différenciation : il est nécessaire d’isoler de nous celui qui par trop diffère de nos normes,  afin de pouvoir exercer sur lui un mélange de répression  (afin que notre groupe se rende bien compte de ce qu’il advient de ceux qui osent être différents)  et de pitié (ce qui  nous permet de déculpabiliser, et d’offrir au monde l’image de notre mansuétude).
Ceci est une réalité.
La rupture de 1968 a entraîné, en réaction, la négation du racisme dans son expression (“ Nous sommes tous frères, il n’y a pas de différences… ”) et dans sa réalité : “ le Racisme n’est pas une Valeur ” .
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Cette prise de position occulte le vrai combat : il n’est pas difficile de s’affirmer anti-raciste, il est beaucoup plus compliqué de se reconnaître raciste, d’essayer de savoir comment on l’est, et de lutter contre ce conditionnement social.

Conditionnement social ?
Nos parents, nos grand-parents, furent naturellement antisémites. C’était à peu près aussi politiquement correct de l’être dans les années 30 qu’il  l’est aujourd’hui de ne l’être pas ! Même après guerre ; on leur en voulait toujours un peu : s’ils s’étaient laissé massacrer en paix…
Charles de Gaulle n’affirmait-il pas : “ les nègres* sont de grands enfants ” ?  En ne qualifiait-il pas les israéliens de “ peuple sûr de lui et dominateur ” ?
N’avons-nous pas appris au catéchisme le nom du peuple maudit qui crucifia Jésus ?
“ Tintin au Congo ” ne se mélangeait-il pas dans nos rêves avec le bamboula hilare qui veillait sur nos petits-déjeuners ?
La littérature, des contes pour enfant à nos auteurs classiques, en passant par les récits de la collection “ Signe de Piste ”, est pleine de cet enseignement : celui qui est différent est dangereux, et même si l’on peut tenter de se l’attacher, il faudra s’en méfier toujours ”.
Le Noir est indolent, l’Arabe fourbe, le Jaune cruel… et le schtroumpf, bleu !
Sans parler de la tare du Roux, du Gros, du Bossu, du Bègue, du Manchot, du Prolo, du Beauf ‘, du Délinquant, du Pédé…
Comme le chantait Georges, “ Non les brav’s gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ” !

Alors ?… Bien sûr que nous avons hérité ces comportements ! Notre discours, sinon nos actions, est empreint d’expressions racistes que nous utilisons sans même en être conscients.
Certaines réflexions, certaines habitudes du comportement, que nous réfrénons dans notre vie sociale, se révèlent dans le cercle restreint de la famille, du groupe d’amis.
Quand ces comportements transparaissent dans le discours de politiques ou de vedettes du petit écran, il est curieux de noter  que seuls les tenants du FN sont systématiquement vilipendés, tandis qu’un Jacques Chirac  ou un Thierry Roland sont à peine égratignés.
Osons affirmer haut et fort à la fois notre racisme, et l’envie que nous éprouvons de le combattre. Ainsi, ceux qui en sont la cible auront-ils  plus de facilité (et  une plus grande inclination) à nous aider à les mieux connaître.
Alors, au lieu de nier leur différence, nous pourrons peut-être simplement l’accepter comme telle…

* “ nègre ” est écrit sans majuscule. Littré l’indique en effet absent dans ce cas de connotation péjorative. Faut-il s’interroger sur le sentiment de ceux qui écrivent Black au lieu de black, ce mot n’étant que la transcription contemporaine d’une même affirmation de différence ?